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Le Cotentin abrite de nombreuses fermes et
fermes-manoirs. Leur organisation date d'une époque
où la mécanisation n'était pas imaginable
et l'ensemble des travaux agricoles exécuté
manuellement.
Outre l'habitation occupée par l'exploitant
agricole et sa famille puis autrefois les domestiques, la
ferme est essentiellement composée de bâtiments
communs, borgnes sur l'extérieur, ouverts et articulés
autour du centre de vie symbolisé par la cour.
La grange est de grandes dimensions avec une
large porte ouvrant sur l'aire de battage. La paille de blé
et d'avoine battue au fléau dans la cour sur une solide
bâche de toile y était bottelée et engrangée.
L'étable et l'écurie sont fermées
par des portes à vantaux appelées portes à
viquet. Autrefois, la mangeoire de pierre et le râtelier
à foin nourissaient les chevaux de trait au retour
du travail des champs. Au dessus, dans le grenier réchauffé
par la chaleur animale, logeait le grand valet. Il occupait
le rang le plus élevé dans la hiérarchie
des ouvriers agricoles. Tous logeaient dans des réduits
aménagés dans les communs.
Le pressoir à cidre tenait aussi une
place importante et exigeait, vu son encombrement, un grand
espace dans un bâtiment.
La charreterie - localement appelée
chartrie - est un lieu abritant les charrettes, engins agricoles
et voitures. Elle s'ouvre sur la cour par de grandes arches.
L'étage peut être occupé par la chambre
à grains, contenir les réserves de foin, de
grains ou de pommes. Des lucarnes portant parfois de magnifiques
frontons en permettent l'accès.
Le cochonnier appelé buret dans le Cotentin
est facilement repérable dans les fermes. Composé
d'un petit bâtiment bas, il est devancé par un
ou plusieurs enclos de pierre de bonne hauteur. Au-dessus
des auges, des déversoirs à nourriture s'ouvrent
sur la cour de ferme.
La boulangerie, le lavoir et le puit sont utilisés
pour la vie domestique et installés à l'écart.
Le four à pain
Rare sont les fermes qui ont conservé
leur ancestral four à pain en bon état. Les
plus importantes en étaient autrefois pourtant presque
toutes équipées. La boulangerie était
installée dans un bâtiment à part. Le
four situé à l'extérieur était
de forme hémisphérique. Tapissé de briques
réfractaires disposées concentriquement, il
était abrité par un petit édicule. A
l'intérieur de la boulangerie, la gueule du four fermée
par une trappe, s'ouvrait sous la grande hôte d'une
cheminée. Le pain y était cuit une fois par
semaine. La tiédeur du four se faisait sentir d'une
semaine à l'autre. A sa base, une niche recevait les
cendres conservées pour la lessive.
La maison du journalier
Très hiérarchisée, l'ancienne
organisation rurale du Cotentin différenciait les nobles
des laboureurs aisés et petits agriculteurs, des artisans
et paysans journaliers.
En millieu rural, plus de la moitié
des familles habitaient autrefois dans une maison de journalier.
Propriétaire d'un lopin de terre, le paysan journalier
devait travailler chez des agriculteurs pour nourrir sa famille.
Entre quelques herbages plantés de pommiers,
la maison en pierre du pays, presque carrée, comprend
une grande pièce unique ouverte sur l'extérieur
par une porte à vantaux et une petite fenêtre.
Le sol en terre battue difficile à entretenir fut recouvert
de grandes dalles de pierre bleue en schiste ou de carrelage
en terre cuite. La vie s'organise autour de la cheminée
qui chauffe l'habitation, l'éclaire le soir et sert
à préparer la nouriture avant l'apparition de
la cuisinière à bois. L'ameublement se compose
d'une table, bancs, placards et d'un vaissellier garni d'assiettes
en faïences, de pots et de poêles en cuivre de
Villedieu-Les-Poêles (sud Manche). Au fond de la pièce
le lit d'alcôve est entouré de boiseries sur
trois côtés et fermé par un rideau. Pièce
maîtresse du mobilier, la grande armoire sculptée
est la fierté de ses propriétaires. Par tradition,
elle est apportée garnie de linge, en dot, par la mariée.
Dans le prolongement de la pièce d'habitation,
un cellier contient le tonneau de cidre et les outils agricoles.
Au-dessus, accessible par une lucarne, le grenier à
foin, isole naturellement le plancher des froidures de l'hiver.
Une remise en bois abrite les petites récoltes et quelques
animaux.
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