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Dans la Hague, le Creux
du mauvais argent, à l'extrémité de la
baie de Sary évoque la fraude de bandes organisées
dans la contrebande.
Selon un rapport de la maréchaussée
de Valognes en 1748 : " La Hague est un pays de landes
et de rochers, où l'on a pratiqué quantité
de cavernes servant de retraites aux voleurs, assassins et
fraudeurs, qui attendent avec assurance et tranquillité
le moment favorable pour passer aux îles voisines. Les
plus grands chemins de ce canton sont de deux ou trois pieds,
des deux côtés desquels se trouvent des précipices.
Les habitants sont gueux, mauvais, fraudeurs insignes, et
ne vivent que de brigandages. Il y a des paroisses où
les commis aux aides et les employés dans les fermes
ont été un temps considérable sans oser
y aller ; ils n'y vont même pas encore volontiers".
Extrait de "La Hague
jusqu'au temps de Guillaume le conquérant / Jules Lucas"
- Editions Isoète.
Fraudeurs
et contrebandiers
Jusqu'à la fin
du XIXe siècle, sous prétexte d'aller pêcher,
les barques traversaient dans la pénombre les 15kms
qui séparent la côte de la Hague à celle
de l'île anglo-normande d'Aurigny. Les contrebandiers
déchargeait de nuit le produit de leur fraude au pied
des falaises avant de le cacher au sec au fond des grottes
dont l'entrée était immergée à
marée haute. Ces manoeuvres avait lieu au nez et à
la moustache des gabelous - surnom donné aux douaniers
qui prélevaient la gabelle (impôt sur le sel)
- qui étaient aussi chargés de surveiller les
habitants pour qu'ils n'aillent pas puiser l'eau de mer afin
d'en extraire le sel. Le mot fraudeur vient de faux-saunier
caractérisant une personne n'ayant pas qualité
pour ramasser du sel. La galère ou la pendaison pouvait
être la punition pour qui essayait de ne pas s'acquitter
de la taxe royale. En 1790 le prélèvement de
la taxe fut suspendu, pour être réapliqué
par Napoléon 1er. Il ne sera définitivement
supprimé que le 31 décembre 1945.
Les douaniers en service,
s'installaient dans les nombreux gabions de pierre encore
visible sur le sentier littoral - ancien chemin des douaniers.
Ces cabanes étaient disposées le long de la
côte de façon à ce que les champs de visions
se croisent. De la pointe de Jobourg
à Auderville,
28 douaniers étaient en service au début du
20ème siècle.
Pour suivre cette épopée,
au départ de Goury
situé à la pointe de La Hague, empruntez le
sentier des douaniers jusqu'à la baie d'Ecalgrain.
En chemin, vous surplomberez la baie de Sary puis le creux
du mauvais argent avant de croiser un gabion restauré.
Plus loin, entre le Nez de Jobourg et l'anse des Moulinets,
deux caches à tabac sont à découvrir.
Des circuits guidés sont régulièrement
organisés par l'office de tourisme de La Hague.
Le Gravage
Si par hasard vous rammassez
sur la côte l'épave d'un objet quelconque, provenant
d'un navire et rejeté par la mer ( bois, bouteille,
flotteur, casier...) vous faîtes du gravage.
Jusqu'au début du
XIXe siècle, les Haguards se changeaient en matois
- contrebandiers, fraudeurs, pilleurs - allant jusqu'à
jouer les naufrageurs. Les tempêtes occasionnaient couramment
des chavirages de marchandises sur les navires et les naufrages
en bordure de côte provoquaient l'échouage de
certaines cargaisons miraculeuses. L'innocente habitude d'aller
à gravage était une activité importante
pour les gens pauvres qui ammélioraient ainsi leur
ordinaire.
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