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Pour les premières escales de paquebots
anglais et allemands en 1869, la rade de Cherbourg est un
mouillage sûr. La gare maritime construite en 1912 est
située sur un quai dans l'avant-port. En quelques dizaines
d'années, Cherbourg devient le 2ème port de
France après Le Havre. Les compagnies maritimes portant
les noms de White Star, Hamburg America, Royal Mail, Red Star
et Cunard se partagent les escales. Le trafic toujours croissant
des voyageurs émigrants - au lendemain de la guerre
de sécession, les Etats-Unis offraient gratuitement
64ha de terre aux nouveaux arrivants s'engageant à
les cultiver pendant 5 ans - implique des navires tendant
au gigantisme qui ne peuvent plus entrer dans l'avant-port
et mouillent dans la rade. De la gare maritime, les transbordeurs
transfèrent les passagers sur les paquebots dans un
incessant va et vient. Il devient indispensable d'aménager
un port en eau profonde.
Un chantier titanesque
C'est en 1921 qu'est projeté de permettre
aux paquebots d'accéder au quai à toute heure
du jour et de la nuit, quelle que soit la marée. Après
quatre années d'études préparatoires
menées par l'ingénieur Minard, les travaux peuvent
commencer. Une digue de protection - digue des Flamands -
longue de 1200 m est construite pour fermer la petite rade
face à la digue militaire déjà existante
du Homêt. Puis l'on gagne 10 ha sur la mer afin de créer
un môle où sera édifiée une nouvelle
gare maritime transatlantique.
A côté, est creusée dans
la vase une darse longue de 620 m et large de 230 m. Des demi-caissons
en bois goudronnés, immergés et posés
sur le fond, permettent d'atteindre la profondeur de 14m.
Il est à déplorer en moyenne un accident par
jour dûs à l'oxygénation des caisson par
de l'air comprimé. Le Quai de France, terminé
en 1932, est formé par des caissons de 7,50m de haut
posés côte à côte. Il sera le point
d'accostage des paquebots.
La gare transatlantique
Imaginé par l'architecte cherbourgeois
Levavasseur, l'ensemble de la gare maritime, composé
de deux grands bâtiments rectangulaires et parallèles,
séparés par une voie charretière couverte
pour les automobiles, est moderne, sévère et
élégant dans le pur style Art-Déco. Cette
construction, à l'époque l'une des plus vaste
de France, occupe plus de 2 ha. Le hall transatlantique comporte
3 étages. Le rez-de-chaussée abrite les services
portuaires. Au 1er étage, l'accueil des passagers débarquant
de 9 passerelles mobiles sur une galerie d'une longueur de
600 m permet l'accostage simultané de 2 paquebots.
Les passagers entrent dans la salle de douane pour la visite
des bagages, puis traversent la salle des pas perdus entourée
de boutiques, bureau de poste, bar, bureau des compagnies
maritimes. Trois passerelles enjambent la voie charretière
puis les 4 voies ferrées du hall des trains. Ce hall
est lui aussi démesuré. Long de 240m et large
de 40m, ses trente arches de béton portent la toiture
de cuivre et de verre à une hauteur de 20m. Quatre
trains peuvent y entrer simultanément. Pour couronner
l'ensemble, un campanile culminant à 70m est orné
de 4 cadrans d'horloges.
Débutée en 1928, la construction
des bâtiments aura nécessité 100.000m3
de béton armé pour composer l'armature. Celle-ci
sera recouverte de parements en briques de Montereau et de
pierres de granit reconstituées. Le décorateur
Marc Simon créé la décoration intérieure
du hall des transatlantiques en l'habillant de staffs et de
plâtres peints, de lambris en acajou d'Afrique et de
Cuba, de palissandre et de bois éxotiques, de luminaires,
de mobilier en acacia et merisier. Des dallages de mosaïque
alternent avec les parquets en teck.
Quatre années auront été
nécessaires à la construction de cet équipement
majeur pour un coût de 200 millions de francs de l'époque.
A l'occasion de son inauguration par le président de
la 3ème République Albert Lebrun, le 30 juillet
1933, le Courrier Maritime de France écrivait:"Cherbourg
peut se vanter de posséder la plus grande, la plus
belle, la plus moderne, la mieux outillée des gares
maritimes, non seulement de notre vieux continent, mais du
monde entier". Dès 1934, tous les plus grands
paquebots transatlantiques font escale à Cherbourg
- Bremen, Europa, Normandie, Queen Mary...
Le choc
Dix années plus tard, en pleine tourmente
mondiale, tout allait basculer. Le 18 juin 1944, pressées
par l'avancée des alliés vers Cherbourg, les
troupes allemandes font sauter partiellement l'édifice.
La gare en perdra son campanile, le quai de France sera détruit
et le reste sérieusement endommagé. L'ensemble
du port de Cherbourg est sinistré. Elément essentiel
du dispositif d'approvisionnement en hommes et matériels,
les installations portuaires indispensables sont immédiatement
remises en état par les G.I.
Les années Stars
La gare maritime attendra 1948 pour sa restauration
qui se terminera en 1952. C'est alors l'époque des
grands Liners - Queen Mary, Queen Elizabeth... autant de palaces
flottants bataillant pour le ruban bleu - récompense
pour la liaison transatlantique la plus rapide. Ils apporteront
des Etats-Unis leur lot de stars. De nombreuses personnalités
politiques et du show-business américain traverseront
la salle des pas perdus et fouleront les quais du hall des
trains - Rita Hayworth le 25 septembre 1955, le président
Eisenhower en août 1963, Elizabeth Taylor et Richard
Burton en octobre 1964, Salvador Dali en avril 1971, Fernandel...
Avec l'apparition des avions
de lignes modernes, les liaisons transatlantiques deviennent
obsolètes. Inadaptée au trafic transmanche grandissant,
la gare maritime est peu à peu démantelée.
La galerie nord est dynamitée en 1979. En 1982, la
partie sud du hall des transatlantiques est rasée à
son tour. Depuis quelques années, les croisiéristes,
en majorité américains et anglais, font escale
à Cherbourg et arpentent les salles de ce lieu légendaire.
Cherbourg sait recevoir et accueille toujours avec fête
ces géants des mers que l'on nomme aujourd'hui Queen
Mary 2, Queen Elizabeth 2, Sovereign of the sea, Costa Atlantica,
Camberra...
Visiter la gare maritime... aujourd'hui
- Le hall des trains > Accueil de
la Cité de la Mer, Médiathèque, restaurant,
espace d'expositions et de congrès.
- Salle des douanes > Visite
muséographie portant sur l'épopée transatlantique
de Cherbourg (renseignements
à l'accueil de la Cité de la Mer).
- Salle des pas perdus > En cours
de réabilitation.
> plus d'infos sur les conditions de visite...
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