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Le Cap
Une terre du bout du monde, tel est ce hameau
situé à l'extrémité de la pointe
ouest du Cotentin. Au-delà, l'île anglo-normande
d'Aurigny puis la mer... encore la mer... seule l'Amérique
pourrait émerger de cet horizon superbe. Balayées
par les vents d'ouest, les trois maisons de granit aux toits
de schiste s'accrochent à la roche. Descendant jusqu'à
l'eau, les prés sont bordés de murets de pierres
sèches. L'herbe grasse au goût de sel nourrie
quelques vaches et moutons. Deux ânes broutent les dures
plantes du rivage. Quel bonheur de descendre dans les rochers
pour s'isoler et sentir l'iode !
Malgré cette apparente sérénité,
les sauveteurs en mer sont là. Ce bout de terre est
le cauchemar des marins. Là.. juste à la pointe...
derrière de phare..., le raz Blanchard ! Les forts
mouvements d'eau redoutés par les pêcheurs surprennent
bon nombre de plaisanciers.
Le canot de sauvetage est prêt à
prendre la mer. Pouvant être lancé depuis deux
rampes différentes selon les conditions maritimes,
il est installé sur un chariot orientable. La station
de sauvetage de Goury, restaurée il y a peu de temps,
affiche sur ses murs la longue liste des sauvetages auxquels
les hommes de cette terre ont participé.
A l'est, le sémaphore de la marine nationale, mis en
service en 1860, est l'oeil indispensable du controle maritime
dans le Raz Blanchard.
Autrefois...
C'est en 1843 pour remplacer une jetée
provisoire de pierres sèches que fut construite l'actuelle
jetée du petit port de Goury. S'asséchant à
marée basse, un chenal balisé conduit les bateaux
jusqu'à la mer.
Lors de l'année 1823, 27 navires sombrèrent
aux abord du raz Blanchard, dont le paquebot Paris avec de
nombreux passagers. Il fut décidé en 1934 d'édifier
le phare sur un rocher, à 800 m de la côte. Construit
en 3 ans avec des blocs de granit provenant de Diélette,
la lanterne culmine à 45m et lance son éclat
blanc toutes les 5 secondes à 18 milles. Lors des grandes
marées, l'eau monte dans l'escalier intérieur
du monument.
Histoire de naufrage
Le paquebot américain
Paris, parti de New-York le 1er octobre 1823 à destination
du Havre, fit naufrage dans la baie des Demiacres à
Auderville dans la nuit du 31 octobre. L'équipage et
les passagers parvinrent à se sauver. Au nombre de
ceux-ci, était Monsieur Cheverus, évêque
de Boston devenu plus tard cardinal et archevêque de
Bordeaux. Ce vénérable prélat à
la santé fragile avait tellement souffert que ses jambes
lui refusaient tout service. Un marin le pris sur ses épaules
et le porta, vers une heure du matin, au presbytère
d'Auderville. Comme l'abbé Mauger, curé de la
paroisse, demandait en ouvrant sa porte ce qu'on lui voulait
à cette heure nocturne, le marin dans son language
pittoresque lui cria:"C'est un évêque que
je vous apporte!".
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